l’ange équilibriste
janvier 4, 2007
L’inspiration ne se donne qu’à celui qui a su ne pas fermer les yeux dans la nuit.
Michel MALLE
Le musicien passe son temps à mesurer le temps avec le plus d’exactitude possible.
Il choisit une pulsation, un battement, une unité de mesure et compte le temps au nombre de ses divisions.
Il divise et additionne.
Comme se mesure sa vie, au nombre de ses battements de coeur.
Plus lente est la pulsation, plus sa régularité est difficile à contrôler.
Un bon musicien, tous styles de musique confondus, sait tenir son tempo, c’est-à-dire la régularité de ses pulsations au fil du temps.
La musique s’écoute et s’entend dans le temps, dans l’infinie linéarité du temps qui passe, du temps qui contient tous les temps, passé, présent, imparfait, plus que parfait, simple et composé.
Remarquez que j’omets le futur.
Patience, il arrive.
La musique est une enclave dans le temps commun, le temps vide, comme est vide l’univers sans l’homme pour l’imaginer.
Ce temps existe, il est le germe de tout mouvement, matière première de toute division, de toute création.
Le temps musical s’inscrit dans l’infini, il a un début et une fin.
Le musicien inspire, bat deux pulsations, car il faut deux extrémités pour mesurer le temps, et de ses mains, de tout son corps, de son souffle, il fabrique un futur au premier temps.
S’il consent à expirer, alors, peut-être, sera-t-il inspiré.
S’il expire, le musicien se confondra avec l’infini et, au rythme régulier de ses pulsations, s’emplira de légèreté.
Le musicien vole. Il a abandonné toute pesanteur, et du bout de ses doigts, au feu de son souffle, il vogue, calmement puisqu’il a tout son temps.
Le musicien est un drogué du plaisir de voler.
Quand il retouche terre, il sait que du temps a passé.
Pour un temps, il s’est défait de matière.
S’il a expiré, il renaît.
Le musicien s’habitue à une autre vie, apprend à ne pas redouter la chute du corps, à aimer n’être qu’esprit.
Le musicien est un ange équilibriste qui se consacre à vérifier que tomber c’est voler puisque rien n’arrête le temps.
Et dans l’espace engendré par quelques signes sur du papier, il vole à la recherche d’autres anges équilibristes et dans ce monde des âmes, il choisit la sienne.