l’an 1000 fut

janvier 7, 2007

ecriture.jpg

 

 

 

L’an 1000 fut, à l’image de chacun de nos ans, historique.

L’an 1000 vit germer de l’esprit humain la première représentation d’un son fixe par une ligne horizontale et continue.
L’an 1000 traça la première ligne d’une portée musicale.

50 ans plus tard, ce qui est long, l’esprit humain eut l’idée d’une seconde ligne.
50 ans plus tard, en Italie, la portée était de 4 lignes : une rouge, une jaune, une noire et une rouge ou noire.

6 sons furent nommés DO RÉ MI FA SOL LA. SI apparut bien plus tard.
Six siècles plus tard. Six notes puis 7, et 2 durées, longue ou brève.

Ainsi fut créée, par l’esprit humain, l’écriture musicale, outil indispensable pour transcrire une complexité naissante, de plus en plus difficile à mémoriser, donc à préserver oralement.
L’écriture fut inventée pour servir la mémoire.

Quand je suis née, tout était fait. On ouvrit un livre devant mes yeux, on le nomma partition. S’y allongeaient des lignes et des lignes et des points et des points et des tas d’autres signes mystérieux.
Il y avait aussi des mots, le plus souvent dans des langues étrangères : con delicatezza, rubato, innig, langsam, et même des expressions comme pas trop vite, avec douceur, le plus vite possible, violent
Grâce à eux, je compris que la musique contenait, racontait tout ça, toutes ces idées, ces sentiments, des sentiments naturels.

J’appris à lire, pas à pas, note par note.
Je divisai le temps en parties égales, j’appris la mesure, les silences, l’unité, les multiples, les nuances, le caractère, mon caractère, mes nuances, mes silences, ma durée.

J’appris à lire la musique, à associer un signe écrit à un son, à un rythme. J’entendis d’abord des phrases, avec un début et une fin, puis un volume fait de plusieurs phrases superposées, suspendues dans l’espace.

De cet espace musical, je conçus l’idée d’un espace qui contiendrait tous les espaces, l’infini et sa musique des sphères que l’on n’entend que si l’on tend l’oreille au-dessus du vacarme terrestre.

Et dans l’espace, j’entendis notre histoire, celle des humains perdus dans l’univers, recréant toujours les mêmes histoires, la même histoire, avec des mots, des signes nouveaux, inventant toujours de nouveaux langages pour meubler le silence, le vide qui nous constitue, pour combler, construire, conjurer la tentation de précipiter le tempo, de faire un avec le néant, trop tôt…

Laisser un commentaire