Méchante
janvier 18, 2007

Tous les travaux rémunérés absorbent et amoindrissent l’esprit. ARISTOTE
De la même façon que nous associons souvent dans notre imaginaire — c’est une femme qui parle — amour et sexualité, de la même façon le partage de la musique avec un auditoire passe pour un acte d’amour.
Il arrive que cela soit vrai.
Souvent, c’est le contraire. Souvent, c’est l’hypocrisie qui est mise en partage. Souvent le public s’ennuie, les musiciens aussi.
Des deux côtés néanmoins, on consent à jouer le jeu.
Les uns saluent d’un sourire satisfait, c’est le signe pour les autres d’applaudir. Et la musique d’adoucir les moeurs…
Le musicien professionnel, qui trouve légitime de gagner beaucoup d’argent avec son art, se produit souvent, le plus souvent possible, avec le plus de partenaires possible, afin de multiplier ses gains — il dira ses expériences — en s’adaptant toujours de son mieux à la direction du plus directif du groupe — généralement celui qui a décroché l’affaire qu’il veillera à ne pas contrarier pour que se renouvelle l’expérience, en vertu du célèbre dicton : “Tout ce qui rentré ne craint pas le gel“. Au point qu’avec le temps, il parviendra à renoncer à tout point de vue personnel sur les oeuvres qu’il interprètera.
Avant d’accéder au public, il sera passé sous le rouleau compresseur de l’académisme des écoles, les conservatoires de la conservation, où s’il avait un point de vue personnel, mouvement instinctif relatif à l’amour, ce dernier fut lourdement mis à mal.
Pour réussir rapidement sa carrière professionnelle, tout homme se doit d’être opportuniste. Le musicien n’échappe pas à la règle.
Ses aînés lui expliquent comment plaire, par quels effets de manches et autres manifestations corporelles. Auparavant, ils l’auront convaincu de l’ignorance générale du public qui n’y connaît rien, précepte que le musicien croira vérifier du fait de la politesse rituelle mentionnée plus haut.
Pour devenir un musicien apprécié, c’est-à-dire recherché-contacté-branché-mis sur les bons coups-les bons cachetons, il lui faudra donner des preuves de son entière disponibilité — pour son art.
S’il dit non à une proposition, on ne le rappellera plus, et bientôt on l’oubliera, situation terrible pour un musicien qui n’est vraiment musicien que s’il joue pour son cher public et en vit, comme tout professionnel de toute profession, puisque tout travail mérite salaire et bla et bla.
Le musicien est supposé acquérir, au fil de longues années de labeur, une technique, dont le niveau est évalué lors d’examens et de concours.
A l’occasion de ces épreuves, on jugera de son style — ou respect de la tradition, véhiculée notamment par les disques, de la propreté de son jeu relative au nombre de ses fausses notes ou de ses fautes de rythme, ce qui est encore plus grave.
On jugera également de sa musicalité, c’est-à-dire de la taille de sa sensibilité — grande, petite— de son goût — bon, mauvais, vulgaire, distingué…
Naturellement, la reconnaissance du talent par ses pairs est chose agréable puisqu’elle accorde le droit de se présenter devant un public — comprendre : les ignares ci -dessus mentionnés.
Le métier de musicien professionnel deviendra alors un métier comme les autres, rémunéré comme les autres, parfois mieux, et, “comme les gens ont besoin de l’art”, une position sociale comme les autres — famille, résidence secondaire, voitures, crédits, au paiement desquels le musicien consacrera tout son art.
Loin d’être inféodé à un prince, le musicien se croira libre et, satisfait, il appréciera le progrès des temps modernes.
Pour les Sumériens, nos ancêtres, à travers la musique, se manifestait le sacré .