Le style et ses interprétations …
janvier 25, 2007
Style : manière particulière à un artiste, à un genre, à une époque.
Interprète : personne qui présente, exprime de telle ou telle façon une oeuvre artistique
Interpréter : expliquer ce qui est obscur. Donner à une chose telle ou telle signification (interpréter une loi…). Exécuter un morceau de musique.
Ça, c’est le dictionnaire.
J’ajoute qu’interpréter, c’est recréer, c’est donner vie à ce qui est mort ou à naître.
Un interprète est un demi-dieu, il est médiateur entre le Créateur et les hommes, celui sans qui les hommes ignoreraient tout de leur condition, à savoir qu’ils sont des Hommes.
Interpréter, c’est considérer un objet, sous le plus d’angles possible, dans la plus grande liberté possible, pour enfin choisir un point de vue parmi tous les points de vue possibles, celui d’où rayonne le plus de beauté, afin de communiquer aux hommes un message essentiel : la beauté existe, je l’ai rencontrée.
Selon les époques, les individus, les jeux de pouvoir et de persuasion entre les groupes, la beauté est reconnue sous des formes différentes.
A Assise, on dira qu’il n’est rien de plus beau que les fresques de Giotto, là, on les ignorera pour n’admirer que les ruines d’un vieux temple grec.
Ici, ce sera Goethe, là Elie Faure.
Entre les deux, du temps aura passé, on se sera lassé de telle beauté, on encensera un nouveau style, qui sera toujours l’ancien du prochain, tout ça pour la vie, parce que la vie n’existe pas hors la découverte, la vie contemplative y compris.
Pour ce qui est de la musique, art volatil s’il en est, nous disposons aujourd’hui de techniques de fixation du son permettant à une interprétation de durer tant que dure le disque.
L’idée de conserver une trace se plaide, l’interprète est aussi un homme…
Le problème, éternel, semble-t-il, naît de la tendance, naturelle, semble-t-il, à l’idolâtrie.
L’homme a besoin de sacré. Soit.
L’homme, doué d’instinct grégaire, est un animal social. Animal, personne n’en doute. Social, ça reste à prouver. À moins que la pulsion suicidaire à l’échelle d’une société relève aussi du sens social…
Toujours est-il que l’homme a besoin de reconnaître du sacré et de le mettre en commun. Bon.
Pendant un temps, ils viendront s’agenouiller devant telle ou telle oeuvre d’art, telle parole sainte, jusqu’à ce jour inévitable où, les articulations rouillant, vieillards épuisés par tant d’amour, ils s’écroulent devant leurs idoles dont ils ferment de leurs corps l’accès.
Les aspirants-adeptes regardent autour d’eux. C’est le moment de grâce. D’un même élan, ils vont s’agglutiner là où les « têtes brûlées » d’hier ont déjà chauffé la place. C’est ce qu’on appelle une révolution, une transformation nécessaire, l’émergence d’un nouveau style, qui ne va jamais sans sa nouvelle école.
De secte en secte, la beauté se défend, au fil des siècles, de n’appartenir à personne. L’histoire nous dit que beauté rime avec liberté, école avec ennui, style avec éphémère.
L’histoire nous dit aussi que beauté peut être éphémère quand elle ne concerne que la forme, la matière. Au-delà, on est dans le mystère, un mystère à creuser dans l’indicible, à éprouver.
« Toute musique bien faite est receleuse d’une manière originale de nous libérer du temps et des servitudes spatiales. Le style, c’est l’actualisation de cette liberté. » Auteur oublié
Méchante
janvier 18, 2007

Tous les travaux rémunérés absorbent et amoindrissent l’esprit. ARISTOTE
De la même façon que nous associons souvent dans notre imaginaire — c’est une femme qui parle — amour et sexualité, de la même façon le partage de la musique avec un auditoire passe pour un acte d’amour.
Il arrive que cela soit vrai.
Souvent, c’est le contraire. Souvent, c’est l’hypocrisie qui est mise en partage. Souvent le public s’ennuie, les musiciens aussi.
Des deux côtés néanmoins, on consent à jouer le jeu.
Les uns saluent d’un sourire satisfait, c’est le signe pour les autres d’applaudir. Et la musique d’adoucir les moeurs…
Le musicien professionnel, qui trouve légitime de gagner beaucoup d’argent avec son art, se produit souvent, le plus souvent possible, avec le plus de partenaires possible, afin de multiplier ses gains — il dira ses expériences — en s’adaptant toujours de son mieux à la direction du plus directif du groupe — généralement celui qui a décroché l’affaire qu’il veillera à ne pas contrarier pour que se renouvelle l’expérience, en vertu du célèbre dicton : “Tout ce qui rentré ne craint pas le gel“. Au point qu’avec le temps, il parviendra à renoncer à tout point de vue personnel sur les oeuvres qu’il interprètera.
Avant d’accéder au public, il sera passé sous le rouleau compresseur de l’académisme des écoles, les conservatoires de la conservation, où s’il avait un point de vue personnel, mouvement instinctif relatif à l’amour, ce dernier fut lourdement mis à mal.
Pour réussir rapidement sa carrière professionnelle, tout homme se doit d’être opportuniste. Le musicien n’échappe pas à la règle.
Ses aînés lui expliquent comment plaire, par quels effets de manches et autres manifestations corporelles. Auparavant, ils l’auront convaincu de l’ignorance générale du public qui n’y connaît rien, précepte que le musicien croira vérifier du fait de la politesse rituelle mentionnée plus haut.
Pour devenir un musicien apprécié, c’est-à-dire recherché-contacté-branché-mis sur les bons coups-les bons cachetons, il lui faudra donner des preuves de son entière disponibilité — pour son art.
S’il dit non à une proposition, on ne le rappellera plus, et bientôt on l’oubliera, situation terrible pour un musicien qui n’est vraiment musicien que s’il joue pour son cher public et en vit, comme tout professionnel de toute profession, puisque tout travail mérite salaire et bla et bla.
Le musicien est supposé acquérir, au fil de longues années de labeur, une technique, dont le niveau est évalué lors d’examens et de concours.
A l’occasion de ces épreuves, on jugera de son style — ou respect de la tradition, véhiculée notamment par les disques, de la propreté de son jeu relative au nombre de ses fausses notes ou de ses fautes de rythme, ce qui est encore plus grave.
On jugera également de sa musicalité, c’est-à-dire de la taille de sa sensibilité — grande, petite— de son goût — bon, mauvais, vulgaire, distingué…
Naturellement, la reconnaissance du talent par ses pairs est chose agréable puisqu’elle accorde le droit de se présenter devant un public — comprendre : les ignares ci -dessus mentionnés.
Le métier de musicien professionnel deviendra alors un métier comme les autres, rémunéré comme les autres, parfois mieux, et, “comme les gens ont besoin de l’art”, une position sociale comme les autres — famille, résidence secondaire, voitures, crédits, au paiement desquels le musicien consacrera tout son art.
Loin d’être inféodé à un prince, le musicien se croira libre et, satisfait, il appréciera le progrès des temps modernes.
Pour les Sumériens, nos ancêtres, à travers la musique, se manifestait le sacré .
