medium

Style : manière particulière à un artiste, à un genre, à une époque.
Interprète : personne qui présente, exprime de telle ou telle façon une oeuvre artistique
Interpréter : expliquer ce qui est obscur. Donner à une chose telle ou telle signification (interpréter une loi…). Exécuter un morceau de musique.

Ça, c’est le dictionnaire.
J’ajoute qu’interpréter, c’est recréer, c’est donner vie à ce qui est mort ou à naître.
Un interprète est un demi-dieu, il est médiateur entre le Créateur et les hommes, celui sans qui les hommes ignoreraient tout de leur condition, à savoir qu’ils sont des Hommes.
Interpréter, c’est considérer un objet, sous le plus d’angles possible, dans la plus grande liberté possible, pour enfin choisir un point de vue parmi tous les points de vue possibles, celui d’où rayonne le plus de beauté, afin de communiquer aux hommes un message essentiel : la beauté existe, je l’ai rencontrée.

Selon les époques, les individus, les jeux de pouvoir et de persuasion entre les groupes, la beauté est reconnue sous des formes différentes.
A Assise, on dira qu’il n’est rien de plus beau que les fresques de Giotto, là, on les ignorera pour n’admirer que les ruines d’un vieux temple grec.
Ici, ce sera Goethe, là Elie Faure.
Entre les deux, du temps aura passé, on se sera lassé de telle beauté, on encensera un nouveau style, qui sera toujours l’ancien du prochain, tout ça pour la vie, parce que la vie n’existe pas hors la découverte, la vie contemplative y compris.

Pour ce qui est de la musique, art volatil s’il en est, nous disposons aujourd’hui de techniques de fixation du son permettant à une interprétation de durer tant que dure le disque.
L’idée de conserver une trace se plaide, l’interprète est aussi un homme…
Le problème, éternel, semble-t-il, naît de la tendance, naturelle, semble-t-il, à l’idolâtrie.
L’homme a besoin de sacré. Soit.
L’homme, doué d’instinct grégaire, est un animal social. Animal, personne n’en doute. Social, ça reste à prouver. À moins que la pulsion suicidaire à l’échelle d’une société relève aussi du sens social…
Toujours est-il que l’homme a besoin de reconnaître du sacré et de le mettre en commun. Bon.
Pendant un temps, ils viendront s’agenouiller devant telle ou telle oeuvre d’art, telle parole sainte, jusqu’à ce jour inévitable où, les articulations rouillant, vieillards épuisés par tant d’amour, ils s’écroulent devant leurs idoles dont ils ferment de leurs corps l’accès.
Les aspirants-adeptes regardent autour d’eux. C’est le moment de grâce. D’un même élan, ils vont s’agglutiner là où les « têtes brûlées » d’hier ont déjà chauffé la place. C’est ce qu’on appelle une révolution, une transformation nécessaire, l’émergence d’un nouveau style, qui ne va jamais sans sa nouvelle école.
De secte en secte, la beauté se défend, au fil des siècles, de n’appartenir à personne. L’histoire nous dit que beauté rime avec liberté, école avec ennui, style avec éphémère.
L’histoire nous dit aussi que beauté peut être éphémère quand elle ne concerne que la forme, la matière. Au-delà, on est dans le mystère, un mystère à creuser dans l’indicible, à éprouver.
« Toute musique bien faite est receleuse d’une manière originale de nous libérer du temps et des servitudes spatiales. Le style, c’est l’actualisation de cette liberté. » Auteur oublié